Santé 🌈 En circonscription

Ouverture du Festival Psynéma à Cadillac : « Regards croisés sur une psychiatrie humaine »

11.06.2026 | ·

Le festival Psynéma : Du 10 au 13 juin 2026

« Le cinéma et la psychiatrie entretiennent une relation fascinante et complexe. Le cinéma peut contribuer à la stigmatisation ou, au contraire, à la déstigmatisation des troubles mentaux.
Dans ce contexte, fort du partenariat entre le Centre Hospitalier de Cadillac et le Cinéma Lux depuis 15 ans, cette première édition, Festival Psynéma “Regards croisés sur une psychiatrie humaine”, évènement culturel engagé pour la santé mentale, fait sens. Il est un moment d’invitation à croiser nos regards sur une psychiatrie à visage humain ouvrant à l’intergénérationnel avec la participation du Collège Anatole France de Cadillac-sur-Garonne.
La programmation riche et festive, rythmée par des projections de films, rencontres avec des spécialistes, témoignages de patient.es/acteur.ices, ciné-débats, expositions, s’appuie sur la culture du soin avec notamment l’apport de la psychothérapie institutionnelle.
Ce festival permettra également de prolonger l’impact des films par des temps d’échanges et
d’information entre patient.es, soignant.es et spectateurs. »

– Luc Durand, Directeur délégué du Centre Hospitalier de Cadillac & Ghislaine Dumas, Présidente de l’Association “Le Paradis »

> Plus d’infos sur le festival

Discours d’ouverture du festival

« Cadillac, dans notre circonscription, n’est pas une ville comme les autres lorsque l’on parle de soin psychiatrique. Elle porte une mémoire, parfois douloureuse, parfois lumineuse, toujours complexe. Elle porte aussi une responsabilité : celle de ne jamais regarder la psychiatrie de loin, comme un sujet abstrait, mais de la regarder à hauteur humaine, à hauteur de patients, à hauteur de soignants, à hauteur de familles.

C’est tout le sens de ce festival : croiser les regards sur une psychiatrie humaine. Et le faire par le cinéma est particulièrement fort.
Le cinéma a longtemps façonné notre imaginaire collectif de l’hôpital psychiatrique. Il a parfois contribué à l’enfermer dans des images de peur, de violence, d’enfermement, de folie caricaturée. On pense bien sûr à Vol au-dessus d’un nid de coucou, qui a marqué plusieurs générations. On pense aussi à tant de films historiques qui ont montré une psychiatrie du début du XXe siècle, souvent brutale, souvent inhumaine, parfois réduite au contrôle des corps.
Mais le cinéma peut aussi faire exactement l’inverse. Il peut déstigmatiser. Il peut rendre visibles les personnes derrière les diagnostics. Il peut donner à entendre des paroles fragiles, puissantes, singulières. Il peut montrer que le soin psychique n’est pas seulement une affaire de prescriptions, de protocoles ou de murs, mais une affaire de rencontres, de temps, de confiance, de liberté et de dignité.

C’est pourquoi ce festival arrive à un moment important. Il nous invite à revenir à ce qu’a pu être l’ambition de la psychiatrie institutionnelle : faire de l’hôpital non pas seulement un établissement, mais une institution vivante.
Cette distinction est essentielle. L’établissement, c’est le bâtiment, l’administration, les règles, les procédures, les organigrammes.

L’institution, elle, c’est ce qui circule entre les personnes. C’est ce qui permet à un collectif de se penser, de se transformer, de se soigner lui-même pour mieux soigner. C’est ce que Tosquelles, Oury, Bonnafé et tant d’autres ont porté : l’idée que l’on ne soigne pas seulement dans un bureau, ni seulement dans une relation duelle entre un médecin et un patient. On soigne aussi dans les couloirs, dans les ateliers, dans les repas, dans les réunions, dans les promenades, dans les lieux de parole, dans les liens tissés entre patients, soignants, agents, familles, artistes, habitants.

La liberté de circulation, dans cette pensée, n’est pas un détail. Elle est un principe thérapeutique. Ouvrir les portes, enlever les barreaux, supprimer les serrures, ce n’est pas seulement modifier l’architecture : c’est affirmer que la personne malade n’est pas réductible au danger qu’on lui prête, ni à la surveillance qu’on lui impose. Mais Tosquelles nous prévient aussi : ouvrir les portes ne suffit pas. Il faut aussi combattre les pouvoirs figés, les habitudes, les hiérarchies, les corporatismes, tout ce qui transforme peu à peu un lieu de soin en machine administrative.

Et c’est là que notre regard sur l’histoire doit rencontrer la réalité d’aujourd’hui.

Car il y a un immense décalage entre ces principes fondateurs et l’état actuel de la psychiatrie dans notre pays. Le dernier rapport de la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté l’a rappelé avec une force alarmante : la psychiatrie française traverse une catastrophe. Fermetures de lits, pénurie de soignants, postes de psychiatres vacants, bâtiments vétustes, accompagnement dégradé, restrictions de liberté, pratiques d’isolement et de contention parfois hors de tout cadre légal. La pédopsychiatrie est particulièrement touchée, avec des enfants hospitalisés dans des unités pour adultes, parfois isolés ou attachés dans des conditions indignes.

Ces constats ne sont pas des abstractions. Ils disent une souffrance quotidienne. Ils disent l’épuisement des équipes. Ils disent l’abandon de patients qui devraient être accueillis, écoutés, accompagnés, et qui se retrouvent trop souvent face à des portes fermées, des délais interminables, des services saturés, des chambres qui manquent, des activités annulées faute de personnel.

On ne peut pas parler sérieusement de psychiatrie humaine sans parler des moyens humains. Le soin psychique a besoin de temps. Il a besoin de présence. Il a besoin d’ateliers, de sorties, de lieux de vie, de rencontres, de réunions cliniques. Il a besoin de soignants en nombre suffisant, formés, reconnus, protégés. Un hôpital lui-même malade de l’austérité, un hôpital qui ne prend pas toujours soin de ses soignants, un hôpital dont les locaux tardent à être rénovés, peut-il pleinement exercer sa mission de soin ?

C’est une question politique. Et je veux le dire clairement : la psychiatrie ne peut pas être gouvernée uniquement par des logiques de gestion, de flux, de coûts et de tableaux Excel. On ne soigne pas des personnes en souffrance psychique comme on optimise une chaîne de production. On ne remplace pas des soignants par des caméras. On ne remplace pas des ateliers thérapeutiques par de simples occupations. On ne remplace pas une présence humaine par un dispositif minimal, sous-financé, présenté comme une grande cause nationale mais incapable de répondre à l’ampleur des besoins.

Nous vivons aussi dans une société qui produit elle-même de la souffrance psychique : pauvreté, précarité, mal-logement, isolement, angoisse sociale, incertitude permanente. La santé mentale ne peut pas être séparée des conditions de vie. Soigner, c’est aussi lutter pour une société qui n’abîme pas les individus plus vite que les services publics ne peuvent les accompagner.

Alors, ce festival est bien plus qu’un événement culturel. Il est une invitation à interroger un héritage. Que reste-t-il aujourd’hui de Tosquelles, d’Oury, de La Borde, de Saint-Alban ? Comment cet héritage est-il encore vivant ? Où est-il empêché ? Où est-il trahi ? Où peut-il être réinventé ?

Les quatre jours qui s’ouvrent vont nous permettre de poser ces questions de manière sensible : avec les films, avec les débats, avec les soignants, avec les patients, avec les artistes, avec les jeunes, avec les élèves du collège Anatole France, avec les habitants de Cadillac. Ils nous permettront de parler d’adolescence et de santé mentale, de mémoire et d’oubli, de transmission, d’exil, d’enfermement, mais aussi de création, de dignité et de liens humains.

Je souhaite que ce festival soit un moment de réflexion, mais aussi un moment d’exigence. Exigence envers nous-mêmes, envers les pouvoirs publics, envers l’hôpital public, envers la société tout entière. Parce qu’une psychiatrie humaine ne peut pas être seulement un souvenir glorieux des années 50 ou 70. Elle doit être une promesse pour aujourd’hui et pour demain.

Je remercie toutes celles et ceux qui feront vivre ces rencontres, ces projections, ces débats, ces expositions. Et surtout, je veux saluer les patientes, les patients, les soignantes et les soignants qui, chaque jour, malgré les difficultés, continuent de faire exister du soin, du lien et de l’humanité.
Je vous souhaite à toutes et tous un très beau festival Psynéma. Que ces quatre jours nous aident à regarder autrement, à écouter mieux, et à défendre plus fort une psychiatrie véritablement humaine. »

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