A ce jour l’incendie de Saumos est fixé, la plupart des personnes évacuées ont eu l’autorisation de retourner dans leur village. Il faudra certainement plusieurs mois pour que le feu soit véritablement éteint.
- près de 42 000 hectares totalement ou partiellement brûlés en Gironde,
- 240 maisons détruites (point de situation au 1er août 2026 )
- 224 000 personnes auront été évacuées de 23 communes dont au moins 2 400 personnes vulnérables prises en charge (isolées ou en EHPAD, ESSMS…).
- Quatre départements ont été placés en alerte rouge aux particules fines liées aux panaches de fumée.
- Aucune victime dans la population
- L’apparition de pyrocumulonimbus (orages de feu), phénomènes météo extrêmes et imprévisibles au sein même de l’incendie, qui créent leur propre structure de vent et d’éclairs et qui masquent la vue aérienne des incendies. C’est la première fois en France.
- Au plus fort de la crise, 3300 sapeurs-pompiers, 24 moyens aériens, 1500 militaires, 1400 forces de sécurité intérieures
- Nombre incalculable d’aides citoyennes
- Nombreuses réquisitions : taxis, ambulances, d’agriculteurs,…
La forêt des landes, construite comme une usine
La forêt landaise est une forêt cultivée artificielle de près d’un million d’hectares, créée par la loi de 1857 sur l’assainissement et la mise en culture des Landes de Gascogne.
Le modèle de plantation monospécifique est poussé par le commerce de bois d’œuvre. Le gemmage qui permettait une forêt diversifiée avec des arbres de 80 à 100 ans disparaît dans les années 70. Dans les années 90 la mondialisation renforce la compétition dans l’industrie du bois avec une concentration économique qui profite aux grandes sociétés comme smurfit kappa. La majorité du bois des landes est destinée à faire des cartons d’emballage.
L’absence de zones tampons découle d’un modèle forestier dominé à 80–90 % par le pin. Cette essence hautement inflammable, est plantée en peuplements continus, branches se touchant, sans tampon entre les parcelles. Le directeur départemental du SDIS a appelé à « créer des zones tampon dans les forêts ».
Pour rappel, un amendement de Catherine Couturier (LFI) visait à instaurer des « pare-feux » d’arbres feuillus entre les parcelles d’arbres résineux inflammables a été rejeté par le centre, la droite et l’extrême droite en 2023.
Inadaptation du plan 1 milliards d’arbre, le plan qui avait pour ambition de « renouveler 10 % de la forêt française » et de « réparer la nature » montre un tout autre visage : les millions d’euros d’argent public déversés dans la filière servent de prime aux coupes rases et transforment des forêts diversifiées en monocultures résineuses propices aux méga feux.
1 170 km² ont déjà brûlé en France depuis le début de l’année 2026
État de notre protection civile : des alertes restées sourdes depuis des années
En 2019, l’Intersyndicale Pompiers demandait la revalorisation de la prime de feu, le recrutement massif d’emplois statutaires pour répondre aux besoins des SDIS de la population, la mise au centre des préoccupations, les questions de protection de la santé et de la sécurité pour les sapeurs-pompiers, la garantie de la pérennité de la CNRACL (caisse des retraites), la révision de l’organisation de la sécurité civile.
Pour toute réponse à ces demandes, Emmanuel Macron envoyait les CRS.

Depuis des années, le pélicandrome de Bordeaux n’est pas aux normes. La France dispose de 67 moyens aériens, dont 12 canadairs, 8 dash (retardant) et 3 beech (avions guides/tour de contrôle). Il y a la question du nombre mais surtout la question de l’état et de la puissance de ces moyens.
Éric Durand, représentant du Syndicat des personnels navigants de l’aéronautique civile, rappelle “l’insuffisance des moyens aériens face aux incendies alors que près de la moitié de la flotte de Canadair est actuellement en maintenance”. Si la flotte est complète, nous avons un dispositif exceptionnel. La doctrine française de lutte contre les incendies consiste à attaquer le feu le plus tôt possible mais là comme en 2022, impossible d’appliquer la doctrine.
Une impréparation visible dans une zone à fort risque incendie
La Cellule interministérielle de crise (CIC) est activée au ministère de l’Intérieur le 27 juillet, soit 5 jours après le début de la crise.
Nous avons constaté des difficultés à établir une chaîne de commandement claire et connue de toutes les parties prenantes. Le pilotage centralisé a été opéré depuis la préfecture, cependant les maires en première ligne n’avaient pas d’interlocuteurs territorialisés dédiés et ont dû jongler entre une multitude d’acteurs.
La création de circuit dédié pour chaque question (hébergement, masques, gestion de dons) n’est intervenue qu’une semaine après le début de la crise alors que cela aurait pu être anticipé dans le cadre d’exercice de crise.
Un soutien citoyen d’une ampleur inédite
Cet événement d’une ampleur inédite a soulevé un élan massif de générosité et de solidarité inter-départemental. Nous saluons cette puissance citoyenne d’entraide, mais déplorons qu’elle ait été nécessaire à ce point. L’impréparation globale a dû être palliée par la mobilisation impressionnante des citoyens.
Cela est révélateur de l’état catastrophique de la sécurité civile et plus globalement des services publics.
Par ailleurs, l’absence de coordination globale a pu dans certains cas entraîner des tensions logistiques (gestion des excès de dons et de stocks) et des mises en danger. Les agriculteurs ont été réquisitionnés et se sont mobilisés spontanément, pour réaliser des coupe-feu et faciliter le rechargement en eau au plus proche du feu. Une aide primordiale pour les pompiers sur certains fronts. Néanmoins certaines initiatives ont parfois amené des volontaires à s’exposer à des risques importants et à compliquer les opérations de secours en cours.
Créer une garde nationale sous commandement civil, composée de la réserve de sécurité nationale, de la réserve de sécurité civile, de la réserve citoyenne et des jeunes en service citoyen * (service citoyen serait obligatoire avant l’âge de 25 ans, rémunéré au SMIC revalorisé pendant neuf mois et ouvrant de nouveaux droits (formation, bilan de santé, permis de conduire). Ces jeunes pourront s’ils le souhaitent intégrer la garde nationale placée sous commandement civil (groupement de réserve de sécurité nationale, réserve de sécurité civile et réserve citoyenne.)
Qu’en sera-t-il des retombées incendies sur le tourisme et l’agriculture ?
La préfète annonce « J’incite les touristes à ne pas venir, ne pas rejoindre la Gironde ». Néanmoins, le tourisme représente 7% du PIB en gironde et 40 000 emplois. Les événements font craindre une interruption de l’activité, jusqu’à la fin de la saison, en particulier sur le secteur du nord Bassin mais le reste de la gironde est également impacté (bataille de Castillon). Impossible de connaître l’impact réel à date dans le secteur du tourisme. La
Côté agriculture, les terres ont été polluées par les cendres à proximité des feux, la pollution atmosphérique qui va retomber sur les légumes peut rendre des denrées impropres à la consommation. Dans la viticulture, nous redoutons le risque particulier des fumées qui ont pu marquer les raisins et les rendre également impropres à la production de vin.
La dystopie Mad Max approche à grands pas…
Vous les voyez ces scènes cultes et désertiques de Mad Max ? Où guerre et ambiance apocalyptique trônent. Assèchement des sols par projets de data-center, méga-élevages, méga-bassines privatisées, destruction de la flore et de la faune par projets pharaoniques (A69, LGV, Projet Pure Salmon, projet EMME), extinction d’espèces et empoisonnements humain par pesticides lourds,… des projets d’un autre temps qui condamnent l’habitabilité de notre planète et dressent les gens les uns contre les autres, même dans l’adversité.

Les médias nous parlent de “pour ou contre” les climatiseurs en période de canicule quand toute notre agriculture s’assèche et s’effondre.
On nous parle de mégots et de responsabilités individuelles quand près de 117 000 hectares (soit environ 1 170 km²) ont déjà brûlé en France depuis le début de l’année 2026.
On nous parle de récupération politique quand des députés insoumis (politique donc, c’est le principe), soutiennent avec leurs moyens les sinistrés et les combattants du feu, alertent et tentent de légiférer aux côtés d’une large gauche avec l’appui des scientifiques et des collectifs citoyens pour éviter les conséquences catastrophiques que nous sommes en train de subir. Voir l’article de nos propositions de groupe
Une lutte des classes au cœur des crises climatiques
Comment faire entendre raison à celles et ceux qui sont censés gérer nos biens communs mais qui s’entêtent dans un système capitaliste de prédation des ressources dont les répercussions sont dramatiques? Au-delà de la polémique sur les moyens déployés au Cap-Ferret et au Porge, les riches seront toujours épargnés. Ils ont de bonnes assurances et de bons avocats. Les conséquences pour eux ne seront jamais les mêmes que pour celles et ceux dont la maison constituait l’unique patrimoine. L’urgence d’adapter nos politiques au changement climatique n’est pas la même pour toutes et tous.
En revanche, c’est une question de survie pour une immense majorité. Nous ne pouvons plus continuer à foncer dans un mur. Après des inondations “historiques”, voici des feux “dantesques”. Et toujours les mêmes qui trinquent.
Ce sont ces catastrophes qui creusent notre déficit. Redonner des moyens à nos services publics, à la sécurité civile, à l’ONF, aux collectivités territoriales, coûterait infiniment moins cher, causerait infiniment moins de souffrances que de réparer des drames comme celui-ci.
Vivement 2027. Combatifs, ensemble et assurément résolus. Nous sommes prêts.
Incendies et protection civile : Les propositions insoumises rejetées systématiquement
A lire :
Reporterre « 10 ans de sous-investissement dans la lutte contre les incendies » (30/07/2026)
Image source : ©AntoinePortoles
