J’attire l’attention de Mme la ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire sur la très grande inquiétude et l’incompréhension des viticulteurs, à la suite du durcissement des conditions d’utilisation des produits à base de cuivre pour lutter contre le mildiou, consécutif à la décision rendue en juillet 2025 par l’ANSES.
Ma question : “Quelles mesures allez-vous prendre pour répondre à l’alerte d’une filière viticole unanime qui vous demande d’assouplir sans délai les conditions d’utilisation des produits à base de cuivre afin de garantir la protection des cultures et la survie économique des exploitations viticoles françaises tout en assurant un niveau élevé de protection des travailleurs ?”
Mme Genevard n’était pas présente, laissant Catherine Chabaud face à ma question. Malgré mon respect quant à son palmarés sportif, étant la première femme à terminer le Vendée Globe en solitaire, force est de constater que le Ministère ne sait pas rendre des réponses claires et concrétes face aux impasses techniques et écologiques qu’il crée lui même par ses mesures.
Contexte de l’usage du cuivre en agriculture
Le cuivre est un fongicide de contact utilisé depuis le XIXᵉ siècle, principalement pour lutter contre le mildiou de la vigne. Il reste aujourd’hui le seul fongicide minéral autorisé en agriculture biologique, ce qui en fait un outil indispensable, notamment pour les viticulteurs bio. Il n’est néanmoins pas sans impact (acidification des sols, facilement lessivé par la pluie, obligeant à multiplier les traitements lors des années humides,…). Il reste cependant le “moins pire” de tous les fongicides mis sur le marché.
La chambre d’agriculture de la Gironde rapporte qu’en 2023, la viticulture employait environ 38 700 salariés (15 500 EQTP) soit 88 % de l’emploi salarié des exploitations agricoles du département. Sur la 12 ème circonscription de la Gironde, en Entre Deux Mers, c’est plus de 2000 exploitations bio et conventionnelles qui se trouvent dépourvues de solutions.
Or, le cuivre constitue aujourd’hui le seul fongicide minéral réellement efficace autorisé en agriculture biologique pour lutter contre les maladies cryptogamiques, en particulier le mildiou. Mais les nouvelles conditions d’utilisation fixées dans les autorisations de mise sur le marché (AMM) ne permettent plus une utilisation adaptée aux réalités agronomiques.
L’impossibilité d’intervenir dans les vignes pendant sept jours après l’application de sulfate de cuivre empêche la protection des cultures, notamment en période de forte pluie.
Cette situation place de nombreuses exploitations, en particulier en agriculture biologique, dans une impasse technique et économique, avec des pertes de rendement pouvant atteindre jusqu’à 60 %.
Une alternative incohérente
Comble du paradoxe, pour les exploitations conventionnelles, l’alternative consiste à recourir à des produits dont le danger est avéré, tels que le folpel, classé CMR2, donc suspecté d’être cancérogène, mutagène et reprotoxique, ce qui soulève une incohérence manifeste au regard de l’objectif de protection des travailleurs. D’autant qu’à ce jour, aucune maladie professionnelle n’a été établie en lien avec l’usage du cuivre dans les conditions réglementaires antérieures.
À court terme, aucune solution alternative crédible n’est disponible. Les cépages résistants constituent une perspective intéressante, mais leur déploiement à grande échelle nécessitera encore plusieurs années. Par ailleurs, cette situation crée une distorsion de concurrence préoccupante avec certains États membres, qui ont adopté une approche plus souple dans l’attente de la révision européenne du statut du cuivre prévue en 2029.
Soutenir la recherche d’alternatives crédibles
Nous défendons une agriculture écologique, émancipée de la dépendance aux intrants chimiques, et fondée sur le soutien aux agriculteurs engagés dans la transition.
Le secteur demande une adaptation territoriale des règles et un soutien à la recherche d’alternatives crédibles.
Concernant spécifiquement l’usage du cuivre en agriculture :
- Nous nous opposons à une interdiction brutale qui mettrait en péril les exploitations bio et conventionnelles, tout en appelant à renforcer la transparence et la protection des riverains.
- Nous reconnaissons son rôle transitoire indispensable en agriculture biologique, tant qu’aucune alternative efficace n’existe.
- Nous soutenons une réduction encadrée et progressive, intégrée à un plan public d’investissement pour le biocontrôle, la recherche et les variétés résistantes.