En fin de semaine dernière, avec de nombreux membres du groupe d’étude « vigne, vin et œnologie » dont j’assure la vice-présidence à l’Assemblée nationale, nous alertions Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, sur les conséquences dramatiques de la guerre commerciale avec les Etats-Unis sur la filière viti-vinicole.
Courrier adressé à Annie Genevard, Ministre de l’Agriculture
En nos qualités de présidents et de membres du groupe d’études « Vigne, vin et œnologie » à l’Assemblée nationale, nous souhaitons vous interpeller au sujet des récentes annonces du Président des États-Unis d’Amérique qui préoccupent fortement la filière française des vins et spiritueux.
Le Président Trump vient de rendre publique sa volonté d’instaurer 200 % de droits de douane sur tous les alcools en provenance de l’Union européenne, en réponse à l’annonce par la Commission européenne d’une taxe de 50 % sur le whisky et le bourbon américains.
S’il a désigné le Champagne comme cible prioritaire de ces taxes, c’est bien l’ensemble des appellations françaises qui seraient concernées. Nous avons déjà reçu de nombreuses sollicitations des producteurs ou représentants de Cognac, des Côtes-du-Rhône, de Bourgogne, de Bordeaux, de Provence ou encore d’Alsace, avec à chaque fois les mêmes inquiétudes quant au futur de la filière. La filière des spiritueux est tout particulièrement préoccupée, alors qu’elle connaît déjà des difficultés en raison des tensions commerciales avec la Chine, son deuxième marché à l’export (enquête anti-dumping).
Les premières estimations font état d’une perte de l’ordre de 4 milliards d’euros pour les viticulteurs français si l’accès au marché américain devait se restreindre, car il n’existe aujourd’hui aucun marché de substitution capable d’absorber de tels volumes et avec un pouvoir d’achat équivalent. Ce serait donc une catastrophe immédiate et sans alternatives sérieuses pour la filière.
Nous souhaitons ici apporter notre soutien plein et entier aux acteurs de la filière viticole française directement menacés par ces taxes et afficher notre inquiétude quant à la poursuite de cette guerre commerciale qui ne concernait initialement que la production sidérurgique européenne.
Nous tenons également à rappeler l’importance de maintenir un soutien financier fort à la filière viticole, afin d’aider les viticulteurs français à surmonter la crise systémique du secteur, dont les origines dépassent largement le seul contexte international. Ce soutien doit impérativement s’accompagner d’une réflexion de fond sur l’avenir de la viticulture française, réflexion à laquelle participera activement le groupe d’études, afin de permettre au secteur de s’adapter durablement aux évolutions du marché et des consommateurs.
Nous vous appelons à engager un dialogue constructif avec la Commission européenne pour exclure les vins et spiritueux de son affrontement avec les États-Unis. Cet objectif est central pour protéger une filière qui a payé le prix fort lors de la guerre commerciale de 2018, et qui ne survivra pas à un nouveau choc douanier.
Face à toutes ces préoccupations urgentes, nous souhaiterions donc obtenir des précisions sur la politique de votre ministère et du gouvernement pour parvenir à éviter un désastre viticole, économique et social.
⟶ Voir le courrier adressée à mme La Ministre de l’Agriculture